skip to Main Content

Réforme du Cese

La réforme gouvernemental du Conseil économique, social et environnemental (Cese), présentée comme une avancée démocratique est en réalité très loin d’être au niveau pour répondre à la crise de confiance dans nos institutions.

Ce défi supposerait au contraire de rendre du pouvoir au Parlement, de renforcer les communes, lieu par excellence de l’exercice de la citoyenneté, et de multiplier les espaces d’écoute et d’échange en allant chercher des personnes souvent éloignées de la chose publique.

Ce réforme n’esquisse aucun pas dans cette direction. Pire, elle réduit encore le nombre des membres du Cese, avec par exemple une sous-représentation des DOM et TOM. Retrouvez mon intervention dans l’hémicycle.

https://youtu.be/0b9AQKSphX4

Le texte de mon intervention

Toute réforme du Conseil économique, social et environnemental n’aura qu’une incidence marginale si nous continuons avec le même système institutionnel : c’est l’idée portée par le groupe GDR à l’occasion des débats concernant ce texte.

Rendre du pouvoir au Parlement, renforcer les communes, lieu par excellence de l’exercice de la citoyenneté, multiplier les espaces d’écoute et d’échange en allant chercher des personnes souvent éloignées de la chose publique : tel est le fil conducteur de notre groupe, lorsque nous travaillons sur les sujets institutionnels et de démocratie. N’oublions pas, non plus, le soutien indispensable au monde associatif, car il est souvent la porte d’entrée dans l’engagement, en particulier chez les plus jeunes.

Aussi, cette « chambre de l’avenir » telle que l’a voulue le Président de la République, ne pourra voir le jour si nous ne changeons pas le cadre institutionnel et, vous l’aurez compris pour ce qui nous concerne, si nous ne construisons pas une VIe République. Nous constatons chaque jour l’essoufflement de nos institutions : les citoyens ont de moins en moins confiance en la parole politique, les lieux de concertation sont sous-utilisés et les corps intermédiaires s’affaiblissent.

Ne nous trompons pas, ce n’est pas une crise de l’engagement citoyen : celui-ci existe au quotidien et la période de crise que nous traversons en témoigne un peu plus chaque jour. Ce n’est pas non plus le fait d’un désintérêt pour les affaires de la cité ou d’un repli sur soi au détriment de l’intérêt général. Mais c’est l’affaiblissement d’une démocratie active et délibérative qui freine le dialogue entre le peuple et ses représentants et, par conséquent, affaiblit la légitimité de toute parole émanant d’une autorité, qu’elle soit politique, bien sûr, mais aussi, par exemple, scientifique – et nous le constatons chaque jour à l’occasion de la crise sanitaire que nous traversons.

C’est donc pour ces raisons que nous considérons le CESE comme une institution utile et qui peut en effet être réformée ; mais son importance ne tient pas seulement à sa structure même. Nous pensons qu’il sera vain de réformer le CESE, que nous n’atteindrons pas l’objectif fixé si, partout, règne la verticalité du pouvoir inhérente à la Ve République. Voyez la place du Parlement : plus les législatures passent, plus il se trouve affaibli, et plus le discours politique, pourtant vecteur d’éducation populaire et d’action, s’affaiblit également. Seul l’exécutif ne perd jamais son pouvoir.

Aussi, prétendre donner de la place à l’initiative citoyenne sans réformer nos institutions est un vain projet. Avec le présent texte, le Gouvernement propose d’effectuer quelques ajustements au fonctionnement du CESE. Certains sont positifs, comme l’abaissement du seuil à 150 000 signatures pour pouvoir saisir le Conseil par voie de pétition, ainsi que celui de l’âge requis à 16 ans. D’autres le seront à condition d’être correctement encadrés, comme le tirage au sort.

Cependant, nous sommes opposés à la diminution du nombre des membres du CESE, qui n’apporte rien si ce n’est d’en réduire la représentativité. La réforme de l’article 7 de l’ordonnance de 1958, qui allège considérablement les obligations en matière de représentativité des différents champs de la société, est inquiétante. Nous avions alerté en première lecture sur la représentation des territoires d’outre-mer par exemple. Nous appelons une nouvelle fois votre attention sur le collège représentant les jeunes dans leur diversité, les travaux de la commission d’enquête parlementaire, constituée à l’initiative du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, pour mesurer et prévenir les effets de la crise du covid-19 sur les enfants et la jeunesse, ont montré de graves carences dans l’écoute et la prise en considération de leur parole. Il est donc indispensable à nos yeux de garantir leur présence au CESE à moins d’affaiblir encore un peu plus la parole des jeunes et la prise en considération de leur spécificité.

Nous vous mettons par ailleurs en garde sur les conséquences de l’article 6, qui permettra de se passer de la consultation, pourtant prévue par la loi, d’un certain nombre de structures dès que le CESE sera saisi. Nous partageons en cela la volonté du Conseil d’État que cet article soit supprimé.

Enfin, si les travaux du CESE sont, comme nous le constatons, insuffisamment valorisées, il appartient aussi au législateur comme au Gouvernement de les prendre en considération. En dépit, donc, de quelques avancées, le caractère inessentiel de ce texte et certains reculs comme la baisse du nombre des membres du CESE avec, je le répète, et c’est important pour notre groupe, une sous-représentation des ultramarins, nous conduiront à voter contre ce texte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back To Top