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Loi “Sécurité globale” : inutile et dangereuse

L’Assemblée nationale a adopté la loi « sécurité globale », qui en prétendant mettre en cohérence police nationale, municipales et structures de sécurité privé, va en réalité créer des inégalités de territoire, une police de riche pour les riches et une police de pauvre pour les pauvres.

C’est également un texte qui s’attaque à nos libertés essentielles, notamment celle d’informer et d’être informé en réduisant la capacité de filmer les interventions de police.

Ce n’est pas ainsi que nous rétablirons l’indispensable lien de confiance entre la population et une police, parfois perçue non comme une police du peuple au service du peuple, mais une police d’État au service du pouvoir.

Retrouvez l’explication de vote contre cette loi que j’ai prononcé au nom des députés communistes

Le texte de mon intervention

Monsieur le Président, Madame et messieurs les rapporteurs, Monsieur le Ministre, Cher·e·s collègues,

Nous aurions été prêts à vous suivre sur la nécessité de mettre en cohérence les forces concourant à la sécurité publique. L’absence de distinction clairedes rôles et missions des uns et des autres, police nationale et gendarmerie, polices municipales et enfin organismes privés de sécurité, a nourri depuis des années la confusion, une confusion qui a grandement facilité le désengagement de l’état de sa mission régalienne : assurer le droit de nos concitoyens à la sécurité.

Vous le savez, les députés communistes, sont souvent élus de villes et de quartiers populaires qui sont confrontés à de graves difficultés de vies.

Nous nous battons pour que les populations de ces territoires aient accès, autant que les autres, à la sécurité. La sécurité sociale, celle d’un toit, de droits et de services publics bien sûr, trop souvent négligée. Mais aussi le droit de vivre en sécurité tout simplement, quelle que soit son adresse, sans craindre de voir sa famille ou ses proches, ni insultés, ni molestés, ni privés du peu dont ils disposent.

Nous étions prêts à traiter sérieusement cette question. Mais vous avez préféré faire du marketing, autour des drones et des cameras.

Au terme de nos débats, loin de répondre à la promesse de clarifier et distinguer les rôles des différentes forces de sécurité, cette proposition de loi les superpose et désorganise le service public.

Cette confusion ne peut qu’accélérer le transfert de responsabilités vers les polices municipales, mais aussi vers les officines privées. L’État sera toujours moins le garant de la sécurité sur le territoire de la République, Une et indivisible.

Le résultat, nous le connaissons d’avance, avec d’un côté une sécurité de riche pour les riches, et de l’autre, une sécurité de pauvre pour les pauvres.

Sur ce sujet comme sur tant d’autres, vous aviez promis une République en Marche, et vous ne produisez qu’une République en miettes. Vous fracturez le pays.

Et comme votre seule matrice est le libéralisme économique, tout le reste est pour vous accessoire, même les libertés les plus fondamentales.

A l’image de l’article 24, qui n’est d’aucune utilité pour protéger les policiers de ce qu’ils peuvent subir, et qui est une très sérieuse question en soi.

Ce même article sera, par contre, très efficace pour brider un peu plus la liberté d’expression et celle de la presse.

Chers collègues, ce que nous savons des graves événements qui se sont déroulés cette nuit place de la République, nous le devons aux cameras des journalistes et des citoyens présents sur place, et qui n’ont, fort heureusement, pas été intimidés par vos intentions législatives.

Leurs témoignages sont précieux. Ils portent un éclairage accablant sur les décisions d’un Préfet de Police qui, décidément, semble avoir fait le choix de placer ses pas dans ceux de son plus sinistre prédécesseur.

Mesdames et messieurs de la majorité et du gouvernement, combien de temps pensez-vous pouvoir continuer de tenir ainsi le pays à distance, en l’observant de loin, par drone interposé ?

C’est une voie dangereuse sur laquelle vous engagez le pays. La sécurité de nos concitoyens mérite moins de manœuvres et plus d’actes.

Oui, nous avons besoin d’une grande loi d’orientation pour remettre la police sur ses deux jambes, celle de la répression et celle de la prévention, l’efficacité de la première dépendant de l’efficience de la seconde.

Oui, nous avons besoin d’une police basée plus sur l’humain, et moins sur l’algorithme.

Et nous avons surtout besoin de rétablir l’indispensable lien de confiance qui s’est abimé entre le peuple et les forces de l’ordre, avec une police qui est de moins en moins perçue comme une police du peuple pour le peuple, mais de plus en plus comme une police d’État au service des seuls intérêts du pouvoir en place.

Cette pente est fatale.

C’est pourquoi nous voterons contre cette proposition de loi, et pensons nécessaire d’interroger sa constitutionnalité par le moyen d’un recours, si elle devait être adoptée.

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