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Etat de la justice en Seine-Saint-Denis – question écrite à la garde des sceaux

M. Stéphane Peu alerte Mme la garde des sceaux, ministre de la justice sur l’état de la justice en Seine-Saint-Denis.

La justice est une mission régalienne de l’Etat, et son accès un droit fondamental. Pourtant, il est un département de France métropolitaine où le service public de la justice est en panne : la Seine-Saint-Denis. Pour preuve les tribunaux qui y sont implantés sont confrontés depuis de nombreuses années à un nombre croissant d’affaires qui ne s’accompagne pas de moyens suffisants : en 2016, par exemple, plus de 15 000 jugements ont été rendus dans les huit tribunaux d’instance que compte le département, mais 8774 affaires restaient encore à juger à la fin de l’année. Cette situation est notamment due à un manque de personnel. Ainsi en octobre 2017, sur les 93 postes de greffiers que comptaient ces tribunaux d’instance, 36 étaient vacants – soit plus d’un tiers des effectifs- et il manquait trois directeurs de greffe. Il n’en est pas autrement au tribunal de grande instance de Bobigny – 2ème tribunal de France après Paris- qui rencontre, outre sa grande vétusté, un manque important de moyens humains : il manquait 5 juges, 3 magistrats et une quarantaine de greffiers le mois dernier. Cette pénurie ne peut s’expliquer uniquement par des difficultés de recrutement. En effet, comment pouvez-vous justifier que le tribunal d’instance d’Aubervilliers soit doté sur le papier de deux fois moins de magistrats que celui du XVIIIème arrondissement de Paris ?

Cette situation inquiétante a contraint certains tribunaux à fermer partiellement leurs activités (à l’instar des tribunaux d’instance de Saint-Denis et d’Aulnay-sous-Bois) voire de façon permanente, comme c’est le cas depuis le 1er septembre dernier du tribunal d’instance d’Aubervilliers pour l’accueil téléphonique et physique des justiciables, ainsi que pour le service relevant des questions de nationalité.

Ce constat est insupportable pour les habitants de la Seine-Saint-Denis, contraints de subir cette rupture d’égalité dans l’accès aux droits et la justice. Alors qu’en décembre 2016, l’Etat avait déjà été condamné pour des délais anormaux de jugement, 27 justiciables l’ont à nouveau assigné pour « déni de justice » le mois dernier.

La situation n’est pas davantage acceptable pour le personnel des tribunaux, qui doit travailler dans des conditions anormales et indignes. En juillet dernier, par exemple, le personnel du TGI de Bobigny a vécu une situation impossible entre le 13 et le 14 juillet, contraint de travailler 21 heures d’affilée. Les tribunaux rencontrent un turn-over important. La quasi-totalité des magistrats et des greffiers demandent leur mutation. Les jeunes recrues, qu’il est souvent nécessaire de former avant qu’elles ne soient pleinement opérationnelles, font valoir elles aussi leur droit à une mutation une fois qu’elles sont aguerries.

Les quelques 580 avocats inscrits au barreau de la Seine-Saint-Denis – contre 30 000 à Paris – font un travail extraordinaire mais sont épuisés et découragés par l’absence de réponse du ministère de la Justice.

Madame la garde des sceaux a eu l’occasion de visiter le mois dernier le tribunal de grande instance de Bobigny, et de son propre aveu, ce que l’on voit dans ses couloirs est inacceptable. Malheureusement, les annonces qu’elle a faites ne répondent pas, pour l’heure, aux attentes : à part les quelques crédits pour réparer l’étanchéité et colmater les fuites d’eau, il n’y a rien qui puisse redonner de la dignité aux personnels des tribunaux du département et permettre aux Séquano-Dionysiens d’espérer une égalité d’accès aux droits devant la justice de notre pays.

M. Stéphane Peu souhaite donc connaitre les mesures que la ministre de la Justice envisage de prendre pour garantir un égal accès à la justice dans ce département et des conditions de travail dignes. Et de manière urgente, il demande qu’on lui indique quand Mme la ministre compte-t-elle mettre fin à cette grave rupture d’égalité républicaine que constitue la fermeture du Tribunal d’Instance d’Aubervilliers.

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