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Journée nationale d’hommage aux victimes de l’esclavage

Comme chaque année, j’ai participté à la cérémonie républicaine en hommage aux victimes de l’esclavage coloniale organisée par l’association Sonjé et le CM98 à Saint-Denis. Cette année, la loi Taubira fête ses 20 ans et elle aura permis de reconnaître comme crime la barbarie de la traite et de l’esclavage colonial.

Devant l’oeuvre de l’artiste dionysien Cesbron, nous avons commémoré la mémoire éternelle des victimes de l’esclavage.

Je tiens à remercier la municipalité pour continuer ce travail de mémoire partagée initié en 2006 par Didier Paillard et Jaklin Pavilla, le CM98, la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, l’association Sonjé et l’ensemble des personnes présentes pour cette magnifique cérémonie.

Allocution de Stéphane Peu lors de la journée nationale d’hommage aux victimes de l’esclavage à Saint-Denis le 23 mai 2021

Madame, Monsieur,

La loi Taubira fête cette année ses 20 ans.

Elle a permit enfin à notre République de qualifier de crime, la barbarie de la traite et de l’esclavage des populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes, perpétrés à partir du XVe siècle et jusqu’au cœur du XIXe siècle.

Cette reconnaissance du crime de l’esclavage a été un long combat, mené par les associations mémorielles et relayé par des femmes et des hommes politiques, au nombre desquels le député communiste Bernard Birsinger, auteur en 1998 d’une première proposition de loi demandant la commémoration de l’abolition de l’esclavage en France métropolitaine.

Dans le même mouvement, le 23 mai 1998, la marche silencieuse de dizaines de milliers de personnes su faire converger la diversité même de la France, celle de la métropole et celle dont les origines s’enracinent à des milliers de kilomètres d’ici. Ces marcheurs, affirmant leur volonté commune de briser un tabou, proclamèrent : « nous sommes tous des filles et fils d’esclaves ! ». En s’affirmant ainsi, tous descendants des millions de morts sans sépulture, de tous ces matricules privés de mémoire, ils ont marqué les esprits ce jour-là, et ouvert le chemin de mémoire.

Quelques semaines plus tard, le 7 juillet 1998, au lendemain de la Coupe du monde de football, l’opiniâtre Bernard Birsinger tentait de prolonger ce chemin, en déposant un second projet de loi pour « perpétuer le souvenir du drame de l’esclavage ». Son texte était malheureusement une nouvelle fois rejeté par l’Assemblée. Il faudra attendre encore quelques années pour que Christiane Taubira fasse enfin adopter ce texte par la représentation nationale.

Un texte permettant enfin la reconnaissance indispensable puisqu’au-delà des souffrances, des blessures et des morts par millions, l’ombre portée des nations occidentales sur ce pan de leur passé, semblait une cruauté supplémentaire, une insulte de trop. « Le bourreau tue une deuxième fois par le silence. » prévient Elie Wiesel.

Oui, il était temps de les sortir du silence de notre histoire, celles et ceux qui ont dû patienter si longtemps que la France, pays des Lumières, patrie de droits de l’Homme, berceau des révolutions émancipatrices, reconnaisse enfin ce passé.

Oui, il était temps de faire la lumière sur cette industrie barbare qui fît la prospérité des ports de La Rochelle, Nantes ou encore Bordeaux, et de quelques grandes familles. Il est « riche comme un colon de Saint-Domingue » disait-on d’un homme fortuné à la cour de Louis XV.

Cette reconnaissance n’est pas un bémol à notre histoire. C’est au contraire, comme l’exprima si justement Christiane Taubira, également le moyen de « redonner éclat et grandeur au prestige de la France aux yeux du monde en s’inclinant la première devant la mémoire de ce crime orphelin ».

Oui, les dates de 10 et 23 mai honorent notre pays. Elles sont les ponts qui permettent de relier les profondeurs de notre histoire, et l’actualité parfois cuisante : le combat contre le racisme, mais aussi celui pour énoncer le triste héritage du passé colonial.

Se souvenir ce n’est donc pas seulement honorer la mémoire des victimes, ce n’est pas seulement leur retirer le collier de servitude qui depuis tant d’années, leur enserrait le cou, ce n’est pas seulement leur rendre la dignité qui leur avait été ôté, en même temps que la liberté…. Tout cela est bien sûr indispensable.

Mais se souvenir, c’est aussi affirmer notre vigilance pour aujourd’hui et pour demain. Elle ne doit pas être levée, aussi longtemps que perdurerons les appels au déni de l’histoire.

Que les hommes et femmes qui font vivre cette vigilance au quotidien, comme ceux du Comité marche du 23 mai 1998 dirigé par Serge Romana, soient remerciés pour leur engagement précieux.

Je vous remercie.

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