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L’autre mai 1945 : massacres de Sétif, Guelma et Kherrata

J’ai participé à la cérémonie en hommage aux victimes de la répression coloniale perpétrée en Algérie organisée par la municipalité de Saint-Denis. L’occasion également de dévoiler une plaque commémorative, place du 8 mai 1945.

Souvenons-nous, qu’il y a 76 ans, partout dans le monde, on se réjouissait du bonheur d’avoir désormais, non plus une guerre à mener contre la haine, mais désormais un monde meilleur à construire. C’était le cas sur le territoire de la métropole.

C’était aussi le cas de l’autre côté de la méditerranée, à Alger notamment, où les premiers tirailleurs algériens débarquant du croiseur « Gloire », faisaient leur entrée triomphale. Ainsi dans les principales villes algériennes, les manifestations de liesse se multiplaient suite à l’appel du parti du peuple algérien (PPA).

La défaite des oppresseurs nourrit toujours le rêve des opprimés. Celui d’être libre et d’avoir sa destinée entre ses mains. Alors on s’est pris à rêver, et dans ces rassemblements pacifiques, on lance des appels à l’indépendance.

Mais le préfet de Constantine veille et ordonne aux forces de l’ordre : « Faites tirer sur tous ceux qui arborent le drapeau algérien » A Sétif, Guelma mais aussi à Kherrata, l’armée intervient. On tue, on exécute sommairement, on viole… Selon le général Duval qui a organisé cette répression, il y aurait eu 7 500 morts. Selon les nationalistes algériens, cette répression inouïe fait 45.000 victimes. A ce jour, nul ne sait exactement quel est le nombre des morts et disparus de cette funeste journée.

Je me félicite qu’ici à Saint-Denis cette part sombre du 8 mai 1945 ne soit pas oubliée et que les victimes soient enfin commémorées.

Le texte de mon discours

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,

Ce 8 mai 1945, après plus de cinq années de guerre, causant des dizaines de millions de morts, victimes civiles et militaires de la seconde guerre mondiale, l’Allemagne nazie capitule enfin.

Partout dans l’on monde, on se réjouit du bonheur d’avoir désormais, non plus une guerre à mener contre la haine, mais désormais un monde meilleur à construire.

C’est le cas sur le territoire de la métropole. C’est aussi le cas de l’autre côté de la méditerranée, à Alger notamment, où les premiers tirailleurs algériens débarquant du croiseur « Gloire », font leur entrée triomphale.

Dans les principales villes algériennes, les manifestations de liesse se multiplient. Devant les monuments aux morts, on brandit les drapeaux des nations alliées victorieuses, le drapeau tricolore bien-sûr, mais également celui portant l’emblème algérien.

A l’appel du parti du peuple algérien (PPA), des centaines de milliers de personnes se rassemblent. La défaite des oppresseurs nourrit toujours le rêve des opprimés. Celui d’être libre et d’avoir sa destinée entre ses mains. Alors on se prend à rêver, et dans ces rassemblements pacifiques, on lance des appels à l’indépendance.

Mais le préfet de Constantine veille. Monsieur Lestrade-Carbonnel a ordonné aux forces de police : « Faites tirer sur tous ceux qui arborent le drapeau algérien ». On ne se fait pas prier pour exécuter cet ordre. Les cortèges pacifiques tournent à l’émeute, puis au bain de sang. A Sétif, Guelma mais aussi à Kherrata, l’armée intervient. On tue, on exécute sommairement, on viole… Selon le général Duval qui a organisé cette répression, il y aurait eu 7 500 morts. Selon les nationalistes algériens, cette répression inouïe fait 45.000 victimes. A ce jour, nul ne sait exactement quel est le nombre des morts et disparus de cette funeste journée.

Du 8 mai 1945, nous retenons bien-sûr la lumière de la victoire sur le nazisme. Mais n’oublions pas l’ombre de ces massacres.

Je crois avec Germaine Tillon que « Notre patrie ne nous est chère qu’à la condition de ne pas devoir lui sacrifier la vérité ».

Longtemps nous avons fait le silence sur ces événements terribles. Et je veux ici remercier tout particulièrement le Maire de Saint-Denis, d’avoir fait le choix difficile de la mémoire, de toute la mémoire, en organisant cette commémoration et en apposant cette plaque en hommage aux victimes de ces massacres.

Oui, la mémoire progresse, même si elle emprunte parfois des chemins de traverse.

Je veux profiter de ce moment pour souligner d’autres avancées dont il faut se féliciter. La reconnaissance par le président de la République de la responsabilité de l’armée française dans la torture et la disparition de Maurice Audin, membre du parti communiste algérien, mais aussi celle du militant nationaliste Ali Boumendjel, est une véritable avancée.

La récente demande d’Emmanuel Macron que la loi garantissant l’indispensable ouverture des archives après 50 ans soit appliquée, en est une autre.

Le chemin de la reconnaissance des crimes de la colonisation, des souffrances auxquelles elle a conduit, de sa brutalité, ce chemin est encore long. Mais indéniablement, nous cheminons.

Réjouissons-nous, car c’est ainsi que nos deux peuples, celui de France et celui d’Algérie qui avaient affrontés ensemble l’Allemagne hitlérienne, pourront regarder ensemble, de manière apaisée mais sans fard, ce passé commun.

Et c’est ainsi qu’ils pourront, comme ils se le doivent, se forger un avenir commun.

Je vous remercie.

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