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Discours de la journée de mémoire des victimes de la déportation dans les camps de concentration

Messieurs les portes drapeaux,

Mesdames et messieurs les représentants des associations d’anciens combattants et du souvenir français,

Monsieur le Maire,

Mesdames et messieurs les adjoints et conseillers municipaux,

Mesdames et messieurs,

Nous commémorons aujourd’hui, en cette fin avril, la mémoire des victimes de la déportation et des camps de la mort.

Comment le faire ? Comment se souvenir de l’insoutenable barbarie de la shoah et de l’extermination de masse de millions d’hommes, de femmes et d’enfants ? Ce travail semble aussi impossible que vital. Il faut le faire, mais comment ? Comment dire l’indicible, comment se souvenir de l’inconcevable ?

Il faut assumer ce paradoxe. Même si tout se rebelle en nous devant l’horreur d’une industrie de mort, même si en cette belle matinée de printemps, la nuit des camps semble bien lointaine.

Oui, l’ombre était si noire dans ces lieux qu’elle nous semble inaccessible, comme l’était ce ciel bleu d’avril dans le coeur des déportés.

La mémoire reflue à mesure que la vie se retire, comme l’a si justement exprimé la communiste déportée Charlotte Delbo  : « Ma mémoire est plus exsangue qu’une feuille d’automne. Ma mémoire a oublié la rosée. Ma mémoire a perdu sa sève. Ma mémoire a perdu tout son sang. »

Des survivants ont cherché une vie durant quels mots pouvaient parvenir à décrire ces enfers concentrationnaires, leur mécanique mortelle. Alors nous les cherchons aussi, 76 ans après leur libération par les soldats des forces alliées et de l’armée rouge, effarés de ce qu’ils découvraient.

Ce travail de mémoire est d’autant plus indispensable que les déportés et les témoins directs de ces événements tragiques sont désormais, année après année, moins nombreux. C’est pourquoi nous voulons nous souvenir, bien-sûr pour eux mais aussi pour celles et ceux qui vont venir.

Au moins, nous prononçons les mots, nous énonçons les chiffres : Sobibor, 250.000 morts ; Mathausen, 300.000 morts, Belzec, 500.000 morts, Treblinka 1.000.000 de morts, Auschwitz-Birkenau : 1.100.000 morts.

Nous nous souvenons de celles et ceux qui ont été arraché à la vie parce qu’ils étaient juifs, tziganes, homosexuels, communistes ou résistants. Partout en France, sur les stèles qui leur rendent hommage, ils sont un prénom, un nom et une date de naissance, afin qu’on sache au moins s’ils furent saisis au sortir de l’enfance, dans la fleur de l’âge ou au soir de leur vie.

Enfin, nous n’omettons pas non plus, de nommer les bourreaux et leurs complices : Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich, Rudolf Hess mais aussi le Préfet Maurice Papon, l’industriel et haut fonctionnaire René Bousquet et beaucoup d’autres, et de plus obscurs qui, ici-même en France, acceptèrent d’être les rouages silencieux de cette machinerie.

Certes, ces assassins ont aujourd’hui disparu. Mais les ressorts de leur imagination malade, et pour ainsi dire maléfique, ne sont pas cassés.

Le feu sombre du projet nazi est-il vraiment tout à fait éteint ? Ce serait être naïf que de le croire car aujourd’hui encore, même sans brandir des croix gammées, on continue toujours de théoriser l’inégalité des races, d’exacerber le racisme et l’antisémitisme. C’est notre Humanité commune qu’ils veulent briser. Notre vigilance ne doit pas donc être levée contre les fanatismes qui couvent.

C’est pourquoi, lorsque nous affirmons à juste titre vouloir défendre la pensée des Lumières, les conquêtes de la grande révolution française, les valeurs de notre République, la liberté, l’égalité, la fraternité, n’oublions pas que c’est le nazisme et ses complices français qui en furent les ennemis les plus acharnés.

Je vous remercie.

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