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Commémoration de la libération de Saint-Denis

L’intervention que j’ai prononcée le 27 août 2020 à Saint-Denis à l’occasion de la cérémonie de commémoration de la libération de Saint-Denis.

Monsieur le Maire,

Madame la Sous-préfète,

Mesdames et Messieurs les représentant d’associations d’anciens Combattants, de Résistants et de Déportés,

Mesdames et Messieurs,

Chaque année, avec la même émotion, nous nous réunissons pour marquer le souvenir des jours de la Libération de Paris et de ses alentours, et pour rendre hommage à ses glorieux acteurs.

La Seconde Guerre mondiale, et sa fin en particulier, demeure une de nos références morales et politiques constantes.

En célébrant le 75ème anniversaire de la Libération de Saint-Denis, nous entretenons là un évènement majeur de notre histoire locale.

En effet, beaucoup de souvenirs, de tourmentes, de sacrifices, restent ancrés dans le cœur de toutes celles et de tous ceux qui, par leur courage, leur abnégation, pour leurs valeurs, pour leur pays, participèrent à cette grande bataille que fut la Libération.

Il faut se rappeler des faits.

C’est le 15 juin 1940 que le premier acte de résistance est accompli sur notre commune. Le jour même où les nazis hissaient le drapeau à croix gammée sur la Tour Eiffel à Paris. Cet acte individuel marquait le refus de la collaboration avec l’ennemi. Vint ensuite la volonté de se structurer plus collectivement. Ce sont les jeunes communistes qui ont été les premiers à se regrouper. Dès la fin du mois d’août 1940, on peut dénombrer environ 70 jeunes Dionysiens organisés clandestinement à la Plaine, à la Mutuelle, au Centre, à Bel Air ou encore aux Joncherolles. S’en suit une terrible répression de ces jeunes résistants

Puis, malgré la répression, la Résistance s’organise localement, transcendant tout ancrage politique, pour devenir plus efficace et lutter jusqu’à la victoire sur la barbarie nazie. En prenant part à la libération de notre ville, ces hommes et ces femmes font le choix d’être acteur de l’histoire, de ne pas s’en remettre aux seules forces armées alliées qui, sous la pression de l’état major américain, ne faisaient pas la libération de la région parisienne une priorité stratégique. Le 27 août 1944, Saint-Denis rejoint officiellement le « rang des villes libres, libérée par ses « FFI » en l’été 1944.

La libération de Saint-Denis s’étale du 9 au 28 août 1944, c’est-à-dire de la formation du Comité Local de Libération (CLL), dirigé par Fernand Vanhollebecke, jusqu’à l’élection de la délégation municipale provisoire dirigée par Auguste Gillot.

Le processus de libération fut émaillé de combats très durs : combats de rues, prise de contrôle de la mairie par le Comité local de libération, appels à la grève générale lancés par les syndicats des usines Hotchkiss, Cazeneuve et Delaunay, barricades dressées par les habitants, actes de sabotages de cheminots du Landy.

Alors que sa défaite apparaît de plus en plus probable, l’armée allemande fait le choix de la surenchère de la violence, celle de contre-attaques meurtrières et de prise d’otages, pour assurer son repli autant que par esprit revanchard.

Oui, la Libération de Saint-Denis est le fruit d’une véritable insurrection populaire. Deux jours après celle de Paris, elle amplifie la stratégie d’organisations de la résistance régionale, sous le commandement de Henri Rol Tanguy, chef de l’insurrection parisienne. J’ai une pensée particulière pour son épouse Cécile qui pris également part aux événements en tant qu’Agent de liaison et s’illustrera par la rédaction de l’Appel à l’insurrection. Cécile nous a quitté le 8 mai dernier.

J’ai également une pensée particulière pour mon prédécesseur, Fernand GRENIER, Député de Saint-Denis de 1937 à 1968, représentant du PCF et des Francs-Tireurs Partisans auprès du Général De Gaulle. Il dépose le 21 avril 1944, l’amendement qui donne le droit de vote et d’éligibilité aux femmes.

Aujourd’hui, soixante-quinze ans après, nous rendons hommage à celles et à ceux qui ont risqué leur vie pour libérer Saint-Denis pendant ces 3 semaines de durs combats. Rendons hommage aux 5000 sinistrés, aux 1 000 victimes, dont 250 morts en Déportation, aux dizaines de Résistantes et Résistants Dionysiens, aux 75 tués dans les combats et aux 75 fusillés.

La libération de Saint-Denis a été possible grâce à ces femmes et ces hommes qui, dans cette ville, et dans un contexte local particulièrement difficile, ont choisi de s’engager dans la Résistance. Ces derniers incarnent le refus d’un système fondé sur la force, la haine de l’autre et l’exclusion. Ils incarnent aussi le combat pour une société juste, égalitaire, où l’on est libre de vivre comme on l’entend, où l’on est libre de s’aimer.

Cet héritage de la Résistance doit être transmis, car c’est l’histoire qui constitue la fabrique d’une conscience sociale.

Ne détournons pas la tête face à la montée de la haine aux quatre coins de l’Europe, et affirmons encore et encore notre exigence de justice sociale et d’égalité dans un monde de paix. L’héritage que nous lèguent la Résistance et la Libération nous invite à agir en notre âme et conscience pour « briser nos chaînes », pour lutter au quotidien et rétablir une société qui remette l’homme au cœur de son projet.

Cet héritage a un nom, celui des « jours heureux ». En mars 2004, des résistants dont Lucie Aubrac et Stéphane Hessel en avait fait resurgir le sens profond. Ils avaient lancé un appel «aux jeunes générations» «à faire vivre et à retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle».

Il s’interrogeaient : «Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, s’interrogeaient-ils, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée?»

Et ils ajoutaient: «les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie».

Écoutons les, Entendons les, c’est leur meilleur hommage que nous pouvons leur rendre aujourd’hui comme demain.

Je vous remercie.

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