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Commémoration du 11 novembre

Ce matin, présent à Villetaneuse à la commémoration du 103 ème anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Réunis en mémoire aux 18 millions de morts et aux 21 millions de blessés et de gueules cassées qui de 1914 à 1918 ont combattu durant ces quatre années pendant lesquelles, comme jamais dans l’histoire de l’humanité, on n’avait donné libre cours à la sauvagerie des armes.

La France est le pays engagé dans cette guerre totale a avoir payé le plus lourd tribu : 2 millions de disparus. Deux millions de jeunes gens issues de nos campagnes, de nos villes, mais aussi et ne l’oublions pas, venus des anciennes colonies, de la rive sud de la méditerranée ou de l’Afrique Occidentale française (AOF).

Sommes-nous désormais à l’abri de tels cataclysmes humains ? Ne baissons pas la garde car un siècle plus tard et sous la braise, le feu des nationalismes couve encore, en Europe et dans le monde.

Le texte de mon allocution

Madame la Sous-préfète,

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les représentants des associations d’anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,

En ce onzième jour du onzième mois de l’année 1918, il y a 103 ans, la onzième heure sonne et c’est enfin celle du silence des armes. Elle met un terme à quatre années de larmes, de sang et de fureur. Quatre années pendant lesquelles, comme jamais dans l’histoire de l’humanité, on n’avait donné libre cours à la sauvagerie des armes.

Oui, jamais dans l’histoire de l’humanité, la chair des soldats n’avait été exposée à tant de sophistication, tant d’efficacité dans l’art de blesser, de déchirer, de pulvériser, d’asphyxier et finalement de tuer. Pendant quatre années, sur le front de l’ouest, toute la science des états majors allemands, britanniques et français, fût d’envoyer, toujours plus d’hommes aux portes des enfers que furent la Marne, le chemin des Dames, Verdun ou encore la Somme.

De la violence de ces orages d’acier, nous n’avons aujourd’hui qu’une idée abstraite et lointaine. Mais toujours, nous restons déconcertés : comment ces fragiles silhouettes sortant des tranchées surent trouver la ressource pour affronter ce qui à tout instant, voulait les tailler en pièces : la mitraille, les grenades, les barbelées, les balles, les shrapnells et les obus par millions.

Beaucoup revinrent de cet enfer avec une conviction : c’est à la jeunesse des peuples qu’on fît la guerre, et je veux citer ici l’écrivain Henri Barbusse. : « C’est avec nous seulement qu’on fait les batailles. C’est nous la matière de la guerre. La guerre n’est composée que de la chair et des âmes des simples soldats. C’est nous qui formons les plaines de morts et les fleuves de sang, nous tous dont chacun est invisible et silencieux à cause de l’immensité de notre nombre. Les villes vidées, les villages détruits, c’est le désert de nous. Oui, c’est nous tous et c’est nous tout entiers. ».

La guerre à l’heure de l’industrie montra toute l’étendue de ses capacités dévastatrices, causant la mort de 18 millions de victimes, la France payant le plus lourd tribut avec 2 millions de disparus. Deux millions de morts, deux millions de jeunes gens issues de nos campagnes, de nos villes, mais aussi et ne l’oublions pas, venus des anciennes colonies, de la rive sud de la méditerranée ou de l’Afrique Occidentale française (AOF). Et pour ces derniers, le paradoxe que pointait Anatole France se double d’un second, tout aussi cruel : « On croit mourir pour la patrie, disait-il, on meurt pour des industriels ». 500.000 soldats africains furent ainsi engagés dans le conflit, souvent dans les combats les plus difficiles pour arracher la décision, comme sur la Marne ou à Ypres.

Au terme de quatre années pendant lesquelles on chercha en vain une issue militaire au conflit, le continent est en ruine. La victoire est là, mais elle ne nourrit aucune joie, seulement le soulagement de voir les combats cesser.

Les empires et tout un vieux monde s’effondrent certes, mais la guerre n’a pas seulement blessé les corps, elle a défiguré les coeurs, aiguisé des haines nouvelles et allumé l’incendie du nationalisme.

En effet, la paix sortie de cet épuisement général de l’Europe est fragilisée par la rancoeur et le goût de la revanche. Cette guerre qu’on avait imprudemment appelé la der des der, cette guerre qui devait clôturer un cycle belliciste, a fait le lit de l’autre guerre totale qui devait embraser à nouveau le monde en 1939.

Sommes-nous désormais à l’abri de tels cataclysmes humains ? Je veux pour conclure nous inviter à ne pas baisser la garde.

Honorer la mémoire de ceux qui sont tombés en 14-18, c’est rester vigilant et lucide, car un siècle plus tard et sous la braise, le feu des nationalismes couve encore, en Europe et dans le monde.

En 2020, pourtant année de la pandémie, le montant total des dépenses militaires a cru de 2,6 % pour atteindre véritable Himalaya de près de 2.000 milliards de dollars, finançant un arsenal capable d’anéantir toute vie sur terre en quelques millisecondes. Poursuivre sur ce chemin, ce serait justement être oublieux de notre passé, oublieux aussi de la charte des Nations unies qui prévient dans son article 26 que « les États doivent favoriser l’établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde ». Nous en sommes loin.

Pour relever les défis planétaire qui s’amoncèlent devant nous et les générations à venir, défis climatiques, écologiques, pour la justice sociale et les droits humains, la culture de guerre et du rapport de force ne nous est d’aucune utilité. Bien au contraire. Et comment ne pas voir que les richesses dilapidées pour financer ces arsenaux formidables, trouveraient dans la réponse à ces besoins nouveaux, le moyen d’être mieux employées.

C’est n’en doutez pas, le message d’espoir, le message vivant et l’invitation que nous adressent à un siècle de distance, les victimes de 14-18.

Vive la République et vive la France.

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