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L’État doit reconnaître sa responsabilité dans le massacre du 17 octobre 1961

Il y a 58 ans, plusieurs centaines d’Algériens participants à une manifestation pacifique dans les rues de Paris furent tués, certains jetés vivants ligotés dans les eaux de la Seine. Malgré les petits pas sur le chemin de la vérité, les responsabilités politiques et celles des forces de l’ordre doivent désormais être clairement établies, les archives ouvertes et ce crime d’État officiellement reconnu par la France.

J’ai participé à la cérémonie mémorielle organisée à Saint-Denis, sur la place « des victimes du 17 octobre 2019 », à quelques mètres des berges du canal où fût retrouvé quelques jours après ces tragiques événements, le corps de Fatima Bedar, jeune fille de 15 ans. J’ai eu l’honneur de déposer une gerbe aux côtés de sa nièce, Yasmina Bedar.

Le texte de mon allocution

Monsieur le Maire, cher Laurent

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs les représentants d’associations,

Mesdames et messieurs, chers amis,

Fin octobre 1961, sur un muret des berges de la Seine à Paris, on pouvait lire cette inscription hâtivement apposée au pinceau « Ici, on noie les Algériens ».

Quelques jours après le massacre du 17 octobre, il s’agissait déjà d’une première tentative pour briser le mur du silence et ne pas oublier.

Et c’est je le crois, aujourd’hui encore, la même aspiration à l’établissement de la vérité des faits qui nous réunit.

Nous commémorons aujourd’hui le 58e anniversaire d’une manifestation dans les rues de Paris, celle d’hommes et de femmes, d’enfants, des Algériennes et des Algériens, plus de 20.000, répondant à l’appel du Front de libération national.

Ils manifestaient pacifiquement pour demander la fin des mesures racistes dont ils étaient les victimes.

Ils manifestaient pour que soit levé le couvre-feu imposé aux seuls Français musulmans d’Algérie par le préfet de police, le sinistre Papon.

Ils manifestaient pour revendiquer le droit à l’indépendance de leur pays : l’Algérie.

Et c’est pour réprimer le message d’espérance de ces familles que s’abattit une violence répressive inouïe.

Au coeur de cette nuit d’effroi, plusieurs centaines d’Algériens furent tués. Nul ne sait exactement combien. Certains livrés, vivants et ligotés, aux eaux de la Seine.

Dans l’obscurité de cette nuit, combien moururent, combien eurent les chairs meurtries de coups de crosse. C’est un secret bien gardé.

Le lendemain du drame, le bilan officiel tombe : 2 morts, 44 blessés et 7500 arrestations. Et la presse s’aligne sur cette version : « il ne s’est rien passé d’anormal ». Seuls L’Humanité et Libération dénoncent la violence de la répression.

En 1999, le rapport de Dieudonné Mandelkern continue de sous-estimer ce bilan : quelques dizaines de morts… On reconnaît certes que 11.538 innocents furent parqués pendant des heures, mais de bilan réel, il n’est toujours pas question, les archives restant opportunément closes.

Ce combat mené depuis 58 ans, il faut donc le poursuivre : pour la reconnaissance du massacre du 17 octobre 1961, contre l’amnésie collective. D’autant que malgré les réticences, malgré les blocages, la vérité avance.

Et dans cette marche à petits pas, je ne veux pas sous-estimer celui accomplit par le Président Hollande qui déclara en octobre 2012 : « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes ».

Mais il faut être plus clair et aller au bout de ce chemin de vérité : dire combien tombèrent, quelles furent les instructions des forces de l’ordre, quelles furent les responsabilités politiques dans ce massacre.

Pendant la campagne des présidentielles de 2017, le candidat Macron avait affirmé que « la colonisation (était) un crime contre l’humanité ».

L’an passé et sur un sujet proche, le Président de la République a su faire cet effort de sincérité, en présentant les excuses de la France à Josette Audin, épouse de Maurice Audin, le mathématicien, membre du parti communiste algérien et militant anticolonialiste, torturé et tué par l’armée française en 1957.

Aujourd’hui, nous attendons du chef de l’État ce même effort de sincérité sur la nuit du 17 octobre 61. Il faut maintenant que soit officiellement reconnue la responsabilité de l’État dans ce massacre.

L’histoire de notre pays n’est pas seulement celle de ses saisons les plus lumineuses. La vérité n’efface en rien les heures glorieuses, et ce n’est pas les minorer que de reconnaître les souvenirs douloureux et les épisodes tragiques dont le récit national est aussi tissé.

Soyons-en convaincu, il n’y a pas d’autre chemin pour respecter la France et sa grande histoire que d’admettre sa responsabilité, celle de ses forces de l’ordre, celle de son gouvernement.

N’en doutons pas, la vérité est un prix à payer toujours raisonnable puisqu’il est celui de la guérison de plaies encore ouvertes et qui tourmentent toujours notre société.

Mesdames, messieurs, beaucoup des Algériens qui ont perdu la vie le 17 octobre 61 vivaient dans notre département, dans notre ville, à Saint-Denis. La place où nous nous trouvons, « place des victimes du 17 octobre 1961 », nous parle bien sûr de cette nuit noire, mais c’est aussi une invitation à célébrer la mémoire des victimes dionysiennes.

Je voudrais pour terminer, remercier ceux qui, depuis tant d’années, mènent à Saint-Denis comme ailleurs, ce combat de vérité :

ce combat pour obtenir la reconnaissance de ce crime contre l’humanité ;

ce combat pour obtenir qu’un lieu de souvenir soit créé à la mémoire de ceux qui furent assassinés ;

ce combat pour le libre accès aux archives concernant la période de la guerre d’Algérie.

Je veux leur témoigner ici, mon respect et ma profonde gratitude.

Je vous remercie.

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