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Cérémonie du 19 mars 1962

L’allocution que j’ai prononcée le 19 mars 2022 à Saint-Denis à l’occasion de la journée pour la mémoire des combattants et des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie, mais aussi des combats au Maroc et en Tunisie.

Rien ne saurait empêcher les peuples de disposer de leur propre destin ! Cette leçon, jamais apprise, comme en témoigne aujourd’hui encore la tragédie dont nos amis Ukrainiens sont les victimes, conduit les peuples à payer trop souvent au prix le plus fort, leur droit à la liberté, leur droit à la souveraineté.

En Algérie, ce n’est qu’au terme de huit années de guerre que cette leçon fût finalement tirée : huit années semées de morts par centaines de milliers, huit années de drames innombrables, et même de brutalités inouïes dont nul n’auraient pu croire qu’elles puissent (aussi) procéder des forces armées d’une très grande démocratie : la France, ce pays qui a pourtant fait sien, les vers du poète Dionysien Paul Éluard : « Tu ne supportes pas l’injustice. Pour toi c’est le seul désordre ».

Ce 19 mars 1962, il y a 60 ans jour pour jour, le cessez-le-feu signé à Évian ne fait pas que mettre un terme à ces combats meurtriers. Il fait, comme le demande Éluard dans son poème, droit au désir de justice du peuple Algérien. 

Certes, ce 19 mars, ce n’est pas encore la paix, mais c’est le début d’un chemin.

Un chemin passionné d’émancipation pour le peuple algérien après 132 années de colonisation, de soumission, d’humiliation.

Mais c’est aussi un chemin de guérison, un chemin de réconciliation entre des peuples, entre des rives de la méditerranée qui ont, en dépit de l’horreur de cette guerre, en dépit même de la sinistre machinerie coloniale, tant en commun, à commencer par les fruits de cultures qui surent admirablement se mélanger, et même se donner tant d’enfants à aimer et à élever ensemble.

Ce que nous honorons aujourd’hui, c’est bien-sûr la mémoire des combattants et des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie, mais aussi des combats au Maroc et en Tunisie.

Mais cette commémoration est aussi le moyen d’assumer ensemble, une commune mémoire de ces tragédies, indispensable pour confirmer et consolider ce choix de la réconciliation, ce choix d’un avenir commun apaisé. C’est le sens de cette journée du 19 mars, que nous célébrons depuis trop peu de temps, depuis 2012 précisément, grâce à la loi adoptée sur proposition des députés communistes et qui aura permis de sortir de cinquante années de quasi silence.

Au milieu de la « guerre des mémoires » qui fait toujours suite aux « guerres des armées », ce choix de la date du 19 mars, pour commémorer ici même en France, ces heures tragiques, fût un geste fort. Et je rejoins Redha Malek, négociateur de ces accords d’Évian pour le FLN et que je veux citer cette année encore : « Cette décision constitue même une victoire de la France sur elle-même. »

Aujourd’hui, alors que dans le débat public, notamment celui des échéances électorales où toutes les outrances semblent permises, ressurgit la tentation d’un récit amnésique, amputé, complaisant sinon promoteur du projet colonial, d’un récit qui ne dissimule même plus ses soubassements racistes. 

Et ce sont les mêmes qui acceptent volontiers un monde dans lequel les richesses abondent à un bout, tandis qu’à l’autre tout fait défaut. Ce sont les mêmes qui refusent que ces déséquilibres insupportables que nous observons des décennies après que la décolonisation fût engagée, procèdent aujourd’hui encore, de celle-ci. Oui, l’accumulation du capital dans les colonies à partir du vol, de la prédation, de l’appropriation des terres et des individus ont nourri l’extension d’un capitalisme et de dominations qui persistent aujourd’hui.

C’est pourquoi, ce que nous commémorons à cet instant, ce n’est donc pas seulement la fin d’une guerre et de son cortège de malheurs, c’est aussi la condamnation ferme et définitive d’un système, fondé sur la domination, l’exploitation, l’humiliation. 

Oui, la tache reste immense pour rendre ce monde plus juste et plus sûr. C’est dire à quel point est salutaire ce travail de vérité auquel nous contribuons modestement aujourd’hui, pour les peuples, pour les générations qui arrivent, et afin que les errements du passé soient réparés, et bien-sûr ne se reproduisent plus.

C’est pourquoi, pour mener à son terme ce travail de mémoire, les intentions utilement affichées par le Président de la République d’ouvrir les archives sur les morts et disparus d’Algérie, doivent désormais se traduire en acte. 

Mesdames et messieurs, oui, il faut savoir tourner la page, mais on ne la tourne pas en la déchirant, en la jetant au panier ou en la brûlant. C’est je le crois, notre conviction à nous tous ici, nous tous qui voulons justement écrire une nouvelle page de notre histoire commune.

Je vous remercie.

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