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Débat “Immigration” : un jeu dangereux

Le “débat” sur l’immigration imposé aujourd’hui dans l’hémicycle par le gouvernement a des relents nauséabonds. Il mélange politiques migratoires, droit d’asile et ségrégations sociales et territoriales.

Il pointe du doigt les catégories populaires au lieu de leur tendre la main en mettant fin à la rupture d’égalité républicaine et de redéployer les services publics ; il ne répond pas à la situation inhumaine de la porte de la Chapelle; il ne prévoit pas la régularisation des travailleurs sans-papiers.

 Retrouvez ici mon intervention

L’intégralité de mon intervention

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier Ministre,

Mes chers collègues,

Comment ne pas être saisi d’un grand doute sur les raisons qui motivent l’irruption de ce débat sur l’immigration, sans texte et sans vote ?

Déjà, pendant le « Grand débat », le Président de la République avait, sans résultat, agité ce sujet sous le nez des gilets jaunes qui voulaient eux parler de justice fiscale, de salaires et de services publics.

Comment ne pas supposer que, sans réponse sur ces sujets au premier rang des préoccupations des français, vous songiez alors à dégainer la martingale d’un débat sur l’immigration ?

C’est une tentation d’autant plus dangereuse que vous engagez ce débat dans la plus extrême confusion, mélangeant politiques migratoires, droit d’asile mais aussi ségrégations sociales et territoriales.

Confusion également lorsque des membres du gouvernement confient à ce débat le soin « d’armer notre pays ». Mais contre qui faut-il s’armer ? Comment ne pas comprendre que ce sont d’abord nos compatriotes issus de l’immigration, certains depuis 3, 4 ou 5 générations qui sont la cible d’un tel discours, et qui seraient la source de « l’insécurité culturelle » dont s’inquiète Emmanuel Macron.

Vous prétendez « regarder la réalité en face », mais en posant si mal ce débat, vous jetez sur lui un brouillard vénéneux.

Il faut au contraire de la clarté.

Cette clarté nous impose d’abord de reconnaître à quel point ce monde est fou. Avec d’une part des capitaux circulants librement à la vitesse de la lumière, et de l’autre, le tri tatillon des êtres humains, entre réfugiés politiques, migrants fuyant la misère, sinistrés des catastrophes et main d’oeuvre à exploiter.

Alors, de quoi parlons-nous, ou plutôt de qui ?

S’il s’agit des réfugiés, n’oublions pas que c’est d’abord le Sud qui supporte les malheurs du Sud, accueille 90 % des réfugiés et que la France ne brille pas par son hospitalité, occupant la 14ème place des pays de l’Union Européenne sur les 5 dernières années.

Regardons par exemple la situation scandaleuse de la Porte de la Chapelle. L’État laisse à la seule responsabilité d’ONG et de bénévoles, le sort de 3.000 êtres humains stockés, il n’y a pas d’autres mots, aux confins de Saint-Denis et d’Aubervilliers. C’est une situation inhumaine pour les réfugiés et insupportable pour les riverains.

Vous pouvez décider sans délai de leur hébergement, et d’un accueil digne. Et si les mots du Président sont sincères, vous pouvez même demander aux beaux quartiers d’y contribuer.

Mais peut-être est-ce des sans-papier dont vous voulez parler ?

Ils vivent et travaillent paisiblement ici. Mesurez le poids de l’exploitation qu’ils subissent, les profits qui sont tirés des travaux les plus pénibles qu’ils exécutent. Et comprenez qu’en leur donnant des papiers, c’est à tous les travailleurs de ce pays que vous accorderez des droits, et que vous agirez efficacement contre l’économie noire du travail et du logement. Alors soyez courageux et réalistes, régularisez-les, comme l’ont fait avant-vous Mitterand, Jospin et même Nicolas Sarkozy !

Et si soudainement, vous vous intéressez aux catégories populaires, alors regardez-les en face, voyez leur diversité. Voyez à quel point la France qui se lève tôt est une France métissée, à quel point elle est le monde entier. Tendez-lui la main plutôt que de la pointer du doigt. Répondez à ses attentes, réparez la rupture d’égalité républicaine dénoncée dans le rapport parlementaire sur la Seine-Saint-Denis, et redéployez les services publics.

Il n’y a pas de territoires perdus de la République, comprenez qu’il y a d’abord des territoires que la République abandonne.

Quelle contradiction ! C’est souvent là où il y a le plus d’attentes et d’espoirs pour notre République, qu’elle tourne le plus le dos à sa promesse.

Sur ces sujets, comme sur tant d’autres, il faut moins de discours effrayés, et plus d’actes d’espoirs, mes chers collègues.

Ce que nous sommes est un tout, le produit de la lente sédimentation des siècles, et de la bousculade des cultures. Suivons mes chers collègues, le dessein de Victor Hugo célébrant l’abolition de l’esclavage : « Il faut être un nouveau monde », construire une nouvelle mondialité.

Or, par ce débat, vous ouvrez la porte, peut-être à votre corps défendant, à la « défense sectaire et cruelle de l’Un et du Même » selon la formule d’Édouard Glissant.

Mes chers collègues. Oubliez vos calculs politiciens et relancez les dés du progrès humain ! Ce ne sont pas les chantiers qui manquent. Et puisque-vous avez prétendu parler au nom des classes populaires, les députés communistes ont beaucoup d’idées à vous soumettre, en commençant par le rétablissement de l’ISF.

Ainsi peut-être, vous pourrez vous revendiquer de ce nouveau monde qui tarde tant à naître.

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