Hop, step et jump : un triple saut pour réussir les JO

Au moment où s’ouvre le débat sur le projet de loi olympique à l’Assemblée nationale, vous trouverez ci-après ma tribune parue dans l’Humanité pour des Jeux libérés de l’emprise des marchands, qui ne donnent pas toute la liberté aux sponsors, ne transforment pas la basilique de Saint-Denis en bouteille de soda…
Mais pour des Jeux utiles à la Seine-Saint-Denis : pour améliorer la place du sport dans les écoles, pour renforcer les équipements publics (transports, sportifs…), pour l’emploi local…

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Les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 sont déjà à l’agenda de l’Assemblée nationale. La « loi olympique », document peu connu du grand public, doit en effet être adoptée avant l’été par le parlement pour que l’événement planétaire que Paris et la Seine-Saint-Denis accueilleront dans sept ans puisse avoir lieu. Ce dispositif législatif, valide pendant la durée des Jeux, est un passage obligé. Tout Etat candidat à leur accueil doit accepter de se mettre en conformité avec le cahier des charges du CIO et ainsi lui déléguer, de fait, une partie de ses pouvoirs régaliens habituels. Le dossier de candidature porté par Paris prévoit ainsi « certains aménagements juridiques pour accélérer et/ou simplifier les procédures administratives existantes » en termes, par exemple, de douanes et de visas, d’utilisation du domaine public et donc de réglementation publicitaire, de propriété intellectuelle… Le gouvernement a même « la possibilité de statuer par voie d’ordonnance sur les modifications législatives rendues indispensables par l’accueil des Jeux ».

Autant dire que le dispositif législatif est d’ores et déjà amplement fléché et ne permettra des ajustements qu’à la marge. Nous amenderons le texte autant que faire se peut, mais la discussion sur la loi olympique sera aussi l’occasion de donner une vision de ce que doit générer l’incomparable événement que demeure les JO. Et en particulier, ce qu’il doit produire comme legs longue durée au département de Seine-Saint-Denis qui est au cœur de l’aventure olympique.

Le mode du triple saut
Nous sommes particulièrement attachés à trois thématiques que nous survolerons ici sur le mode du triple saut, discipline exigeante apparue dès les premiers JO modernes en 1896.

Le premier saut à réaliser, celui appelé le hop que les athlètes effectuent à cloche pied, concerne la place des sponsors. Nous ne sommes pas naïfs, nous savons que le début du siècle dernier est loin, mais nous ne voulons pas non plus nous enliser dans les sables mouvants mercantiles sans élever la voix. Les Jeux de Londres, en 2012, avaient déroulé plus que de raison le tapis rouge aux marques officielles. L’Euro 2016 de foot disputé en France avait aussi contenté plus que nécessaire l’appétit pantagruélique des sponsors labélisés en allant même jusqu’à édifier un véritable mur autour du Stade de France afin qu’aucune goutte de soda ou de bière, qu’aucune miette de restauration rapide n’échappe à la chasse gardée commerciale labélisée par l’UEFA. Que les JO de Paris ne franchissent pas un nouveau palier en la matière mais au contraire essaie de contenir la marche en avant est une exigence minimale. La basilique ou le musée d’art et d’histoire de Saint-Denis aux couleurs d’une célèbre marque de boisson est une chose que nous ne tolérerions pas de voir. De la même manière, si l’aberrante exonération fiscale décidée l’an passé pour accueillir l’Euro de foot s’appliquera mécaniquement pour les JO de 2024, qu’il nous soit permis de redire à quel point dans ce monde où l’évasion fiscale spolie les peuples du monde ce cadeau aux grands groupes décidé sous le gouvernement Hollande n’a pas perdu de son indécence.

Des JO pour réparer les inégalités
Le deuxième saut – le step appelé aussi l’enjambée- doit donner un vrai élan au sport pour tous, au sport scolaire et universitaire, à la formation des encadrants, à la nécessaire construction ou rénovation de structures de proximité. Dans le département de la Seine-Saint-Denis, les JO peuvent agir en locomotive pour réparer les inégalités qui pénalisent nos territoires. La Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) avance l’objectif de construire ou de rénover quarante équipements, un par ville du département : cela nous paraît juste, nécessaire, et nous le faisons notre ! Dans le cadre de cet effort général, deux bonds particuliers nous paraissent essentiels pour accélérer la remise à niveau. Le premier concerne l’action à démultiplier pour que d’ici à 2024 la Seine-Saint-Denis ne soit plus un département sous la ligne de flottaison avec la moitié des collégiens qui ne savent pas nager ! Le second préconise une approche féminine dès lors qu’il s’agit des choix d’implantation et de construction des espaces sportifs de proximité afin qu’ils soient en phase avec les envies et les pratiques des femmes et des jeunes filles, dimension très insuffisamment prise en compte au regard des usages existants.

L’emploi local, médaille d’or
Le troisième et dernier saut – le jump- n’est pas le moindre pour surfer sur l’événement olympique. Il concerne l’héritage des Jeux pour la Seine-Saint-Denis. La médaille d’or la plus attendue par le 93, c’est à la fois celle qui va permettre de booster l’emploi local, les petites et moyennes entreprises du territoire en leur facilitant l’accès aux marchés publics ; le respect des engagements en termes de constructions d’infrastructures, notamment les réalisations de TOUTES les lignes du métro du Grand Paris ou encore la garantie que les futurs villages – olympique et des medias- permettent bien une réversibilité leur permettant de devenir d’authentiques quartiers de ville et non des vestiges inutiles comme les JO de Rio de 2016 en ont tant laissés.

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